Chronique Magic! – festival Prohibited : HELIOGABALE – PURR -PROHIBITION
Paris, Café De La Danse -12 février 1998

De mémoire de fan de rock en version française, on n’avait jamais vu cela un concert de trois groupes parisiens, exposé sans publicité ni battage médiatique, organisé par une association loi 1901 et affichant complet! Une soirée où tout le microcosme de la presse musicale joue des coudes à l’entrée, laissant une bonne cinquantaine de personnes battre le pavé de Bastille. Serait-ce le réveil soudain d’un public curieux qui enfin se mobilise massivement ? Serait-ce une victoire importante pour cette musique dite difficile qui, depuis des années, se produit quasi-clandestinement dans des lieux Instants Chavirés, Confluences, le Pop In. Souvent aussi désertés que nécessaires ? Une belle revanche donc pour le label Prohibited, émanation des quatre musiciens de Prohibition, qui n’hésitent pas à faire profiter d’autres musiciens, ici Heliogabale et Purr, de son enthousiasme et professionnalisme. Les premiers, en ouverture, n’ont pas donné dans l’approximatif. Fort d’un nouvel album, le troisiéme et excellent The Full Mind Is Alone The Clear enregistré par Saint Steve Albini, Heliogabale a au moins trois atouts à sa disposition une section rythmique carrée et époustouflante d’audace, un guitariste surdoué, aussi inventif en solo sous le nom de The Crooner Of Doom qu’en groupe, et sa sulfureuse chanteuse Sasha Andres Dans un style qui rappelle évidemment Lydia Lunch, elle met son talent d’actrice et sa voix étonnante au service d’une intensité musicale bien tempérée (façon Shellac) mais qui sait aussi s’étendre vers des climats plus expérimentaux et étirés jusqu’à la dilution (on pense à Sonic Youth) Magistral tout au long des quarante minutes de son set, Heliogabale à l’étoffe de ses héros. Ambitions affichées moins carré mais plus insaisissable, Purr a impressionné pour son talent à s’éloigner des sentiers battus du slow-core tendance Slint/Codeine, en mâtinant son rock tendu d’ambiances électroniques bienvenues, Par inexpérience cependant, le trio parisien n’a pas totalement réussi à magnifier tous les titres de son formidable Whales Lead To The Deep Sea A l’origine des approximations, un chant trop timide certainement mais aussi une mauvaise gestion de la prestation qui lui a coûté le final. Mais si l’on prend en compte les ambitions affichées, Purr vaut largement tous les espoirs placés en lui. Forcément tête d’affiche, Prohibition, comme à son habitude, pris ses responsabilités en assenant un set compact et plombé. Déjà loué en ces pages il ya quelques mais à l’occasion du festival Rockomotives de Vendôme, le trio augmenté du saxophoniste Quentin Rollet s’est concentré sur plusieurs nouveaux titres qui devront succéder au compact Towncrier. Rythmes hachés, vocaux fugaziens et bassiste toujours aussi impressionnant, le groupe a enthousiasmé les 500 spectateurs présents, Plus à l’aise sur scène car plus expérimenté que ses deux protégés, Prohibition a su faire fructifier intelligemment son travail au cours de huit années d’existence. Un parcours dans l’ombre et un quasi-anonymat presque gênant à la lumière du récent engouement pour la « french touch » mais qui a trouvé ce 12 février une récompense a la hauteur des sacrifices De Closer à Diabologum, de Black Et Noir à Ulan Bator, de Vicious Circle à Watermelon Club, le rock a toujours été une réalité en France. Espérons que ces coups de boutoir qui se moquent de la bienséance mélodique.
Hervé Crespy & Philippe Jugé

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