Chronique Rocksound (decembre 97)
Autant l’avouer, on aime ce groupe ! On n’a jamais eu l’honneur de rencontrer ni de voir sur scène ces parisiens, juste eu l’occasion de discuter avec la chanteuse et le batteur au téléphone. Leur musique et leur esprit sont rassurants et réconfortants. Pour ce second long jeu, ils se rapprochent de plus en plus du tonitruant Hash Over, groupe majeur français de cette fin de millénaire. Avec « To Pee » le précédant maxi, Heliogabale virait chicagoan. « The full mind…  » s’avère plus inspiré no-wave new yorkaise, d’où le lien avec Hash Over. Tombé sous le charme de l’appel des sirènes albiniennes. Heliogabale est parti dans la capitale de l’Illinois pour mettre en boite ce second album. Le rendu est poignant. Une dose de naïveté, alliée un swing dépressif et malsain rappelant Oxbow et Plainfield sous certains aspects, donne un résultat à la U.S. Maple (celui du premier album). Heliogabale redéfinit les limites de l’air de jeu et risque de rebuter les plus cartésiens. Mais, en ces temps de bruitisme ambiant, vos oreilles sont suffisamment affûtées pour ne pas être éffrayé par un tel phénomène.
Patrick Tad Foulhoux.

Chronique Rage (decembre 97)
Après un premier album et un mini, Heliogabale, groupe parisien, revient avec un album mélangeant une session récemment enregistrée à Chicago sous la houlette de Steve Albini (chanteur-guitariste de Shellac et accèssoirement faiseur de son pour Nirvana, Tad, Wedding Present, Pixies) et quelques plages atmosphériques faites à la maison.On connaît le penchant d’Albini pour les prises sèches, sans fioritures. Avec ces nouvelles compositions très portées sur les cassures et les ruptures (de rythme, d’accords et de chant), Heliogabale a mis en boite un album qui peut cadrer avec les préocuppations de nombre de groupes de Touch&Go. Pas de refrain catchy , pas de volonté particulière de séduire, plutôt un curieux roucoulement et envoûtement de serpent, entre la plainte de la victime et l’hypnose qu’engendre le gourou mystérieux. Victime consentante ou gourou mal en point. De la force dans la faiblesse, de la faiblesse dans la force. Au fil des titres une désagréable impréssion qu’on aime raper sa peau avec du papier de verre. Répétition, crépitements, couinements, mélodies écorchées, tout participe à rendre les émotions palpable et vaporeuse à la fois. Une expérience qui peut devenir traumatisante.
Philippe Roizés.

Chronique Premonition (janvier 98)
Avouons au moins ceci : ce nouvel album n’est pas des moins complexes parmi les indés français. Peut être un peu plus « arty » que ses prèdecesseurs, à première écoute : autant  » Yolk  » péchait par anarchisme sonique, autant « To pee », leur cinq titres, paraîssait plus mélodique, mais surtout plus énergique que celui-ci. Ce qui ne signifie pas non plus que le terme arty (en rapport à leurs superbes pochettes) doive recouvrir une connotation trop péjorative. Proteîforme, l’album se nourrit goulûment de breaks (dont certains sont orchestrés par leur ingénieur du son, Steve Albini pas moins) et de changement brusques de rythmes, histoire d’appuyer pertinament sur le manque d’équilibre exposé dans le texte : « Elle, préférait les bords des toits/ Et même bien plus après les toits « . Changements inattendus de style, tant on passe d’une pause, par exemple, quasi expérimentale à une ballade saisissante de noirceur. Puis, plus loin, une sorte d’entre-deux agrémenté de boite à rythmes, rappelant étrangement les plus beaux Wall of Voodoo, avant de nous faire sombrer, encore plus loin, par des violons cyniques. Ici, ce sont bien les ballades désespérées, les complaintes solitaires, qui donnent toute la puissance au groupe, reléguant leur anciens « Bill the Silly » sur le coté. Toutefois, si aucun musicien n’est plus primordial qu’un autre, citons quand même le chant de Sasha-la-Magnifique vous clouant au mur par son autorité, il sait être terriblement émouvant ou vicieux, quand elle joue les petites filles fragiles.
François Girodineau.

Chronique Foetustriel (octobre/novembre 97)
Une des surprises tant attendue de cette rentrée est le troisième opus du quatuor parisien. Il arrive tout droit de Chicago où le groupe a enregistrer avec Steve Albini. En perpétuelle évolution la musique d’Heliogabale a pris en maturité, elle s’est raffermie. On voit même apparaître des sortes d’intermèdes calmes et ambiants. On sent aussi un certain contrôle des émotions qui sont nombreuses et fortes. La vois de Sasha devient de plus en plus sombre et pénétrante, comme si nous étions en pleine série noire, les morceaux nous entraînent dans ces petites ruelles peu éclairées, malodorantes et dangereuses. Heliogabale tape très fort avec un album métissé et riche en péripéties, avec son coté jazzy qui offre un aspect cabaret de l’Amérique des années 30. A y mettre une oreille d’urgence.

Chronique Poin-Poin.com (septembre 2006)
Il y presque dix ans, sortait The Full Mind Is Alone The Clear. Il y a presque dix ans, moi j’en avais 17. Et je faisais mon malin en écoutant Sonic Youth ou Pavement, convaincu de détenir ce qu’il se faisait de plus précieux, et d’underground (quelle naïveté!). Depuis quelques temps je me penche à nouveau sur cette période en quête des joyaux qui m’ont échappés en leur temps, et j’ai découvert ce groupe au détour d’un lien internet incertain. Une claque! Par surprise, ça fait encore plus mal! Il faut dire que pour bon nombre d’entres nous rock français signifiait Noir Désir. Point barre. Leur omniprésence n’a-t-elle finalement pas masqué toute une scène peinant à s’exprimer? Avoir ignoré si longtemps l’existence d’Heliogabale me culpabiliserait presque, alors je fais un peu de zèle pour cette formation (toujours en activité!) qui mérite d’être plus connue et écoutée.
D’ailleurs j’ai beau chercher, je ne trouve pas. Non, ce groupe français est unique, il n’a pas de clone américain ou anglais. Et ce disque, qui est leur plus grand, n’est nullement la pâle copie d’un chef-d’oeuvre anglo-saxon. Il est donc temps de le sortir de l’ombre car il pourrait bien devenir un disque référence en matière de rock noisy, même si cette étiquette semble réductrice tant le son d’Heliogabale est original.
L’album Yolk avait déjà averti certains chanceux des intentions furieuses du combo. Une musique dense, resserrée qui, à l’évidence, cherchait plus à se trouver une identité propre qu’à flatter les oreilles paresseuses. C’est peut-être ce qu’on appelle l’ambition artistique.
Près de 72 minutes ont été captées par Steve Albini et rien n’est à jeter. Pour être plus précis chaque morceau est indispensable à l’autre. Une implacable logique cimente ce qui n’aurait pu être qu’un magma de rage. Mais le groupe a décidé de créer un véritable univers, passant du statut de terroristes sonores à celui de sombres démiurges. Sombre et sensuel, devrais-je préciser, car Sascha Andrès n’est pas une chanteuse banale. Elle invente le swing noisy : comme une Janis Joplin qui aurait su à la fois se faire plus douce tout en nageant dans les eaux les plus troubles de la sauvagerie humaine. Elle assène coups et caresses, en parfaite osmose (un mot galvaudé qui reprend tout son sens ici) avec le reste du groupe qui distribue ses riffs tendus et toujours renouvelés (n’oubliez pas, cet album est fait d’un seul bloc, et n’est pas une simple juxtaposition de bons morceaux). D’atmosphères étranges en décharges électriques convulsives, je reviens parfois de ce voyage anxieux et fatigué par tant d’émotions fortes contradictoires…
Écrit par Sphere
P.S: j’ai écrit cette chronique dans un premier temps pour le site xsilence.net, sous le pseudo de Thelonius, puis je l’ai proposée à poin-poin.
lien direct.

Chronique Next Clues.com

Enregistré par Steve Albini, The Full Mind Is Alone The Clear est le deuxième veritable album de heliogabale après la bombe To Pee, un mini album 5 titres énormes sortis en 1996. Arrivés chez Prohibited Records, le label parisien de Prohibition, ce nouvel opus marque l’apparition d’un nouveau batteur dans le line-up et c’est désormais Marcel Perrin qui occupe les fûts. S’ouvrant à de nouveaux horizons, heliogabale continue néanmoins de visiter les zones d’ombres, sans concession. Leur musique se complexifie, trouve une épaisseur dans la noirceur de références musicales et littéraires qui marquent son identité mais se perd quelque part dans les travers d’un album long, trop long, qui finit par user l’auditeur. Pourtant c’est encore du très bon, la violence et la déflagration des premiers opus laissent la place à des ambiances plus sombres, un peu plus expérimentales, un poil plus indus, un peu plus ouvertes aux influences jazz ou à celle d’Oxbow et des camarades parisien du collectif Push: Sister Iodine, Prohibition, Purr, Port Radium, Dragibus. Pris dans ce mouvement de transformation, le chant de Sasha Andrès glisse inexorablement de PJ Harvey, Lydia Lunch ou David Yow vers l’influence des grands noms du cabaret allemand. La voix se fait plus langoureuse, câline, joueuse, troublante sur Definition Of A Women ou Louise Louise et Sasha achève de devenir le fantasme et la tête à claque préférée de la scène indépendante française, donnant à heliogabale une aura noire et profondément subversive pour les uns, et un côté intello bourgeois dépravé qui les rendra antipathiques aux yeux de beaucoup d’autres.

(10/10)

{Olivier}

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