Heliogabale's Yolk Cover

Interview Abus Dangereux (mai-juin 96)
La première chose qui frappe chez HELIOGABALE, c’est le visuel (si vous ne connaissez pas encore la pochette de  » Yolk « , c’est que vous ne vous êtes pas encore procuré ce qui est dommage ou que vous n’avez pas lu Abus FACE 45, ce qui est impardonnable). Cette image c’est le genre d’illustration qui marque, comme tout le livret qui accompagne l’album. Mais, derrière il y a une musique une émotion et une atmosphère. On sent que rien n’est simple dans cet ensemble noisy à la fois bruitiste décalé, torturé. Le pouvoir de séduction musicale de « Yolk » ne frappe d’ailleurs pas immédiatement, au même titre que Boss Hog, avec qui le quatuor parisien a récemment joué à Paris ou Sonic Youth dont l’influence est perceptible. Côté conversation I’approche est beaucoup plus simple, confirmation avec Sasha (chant), Marcel (batterie) et Vivian (bassiste) :
Le nom du groupe est celui d’un empereur romain. Les références historiques sont plutôt rares pour des noms de groupe ?
Sasha : Non Justement, quand on parlait de ce nom avant de le prendre, personne ne connaissait. Mais on nous disait que c était bien. En plus, ça ne sonnait pas anglais, Heliogabale était Syrien. C’est un nom qui sonne classe comme ce qu’il a fait. C’est un personnage intéressant et méconnu, en dehors de tout ce qui a pu se passer dans son temps. Ça nous plaisait de trouver un truc aussi décalé.
Décalés vous l’étiez moins en jouant à Paris avec Boss Hog. Avez-vous comme on le dit été invité par Jon Spencer ?
Sasha : Il voulait une première partie. Il a demandé à quelqu’un qui l’a interviewé de lui faire écouter des trucs français. Il nous a choisis. C’était bien. En plus, c’était notre premier concert avec Marcel, notre nouveau batteur.
Commencez-vous à tourner régulièrement en France ?
Sasha : C’est difficile car personne ne s’occupe de nous. Nous récupérons des dates, mais pas rapprochées. Ce sont des mini tournées assez espacées. Mais nous aimerions jouer plus.
En revanche, vous avez la particularité d’avoir tourné en Angleterre et Italie. Comment se sont passées ces premières expériences à l’étranger ?
Sasha : En Angleterre, une copine qui s’occupe de Cornershop nous a trouvé des dates rapidement. On y est allés. J’en garde un bon souvenir même si les organisateurs t’accueillent comme un chien. En Italie, les gens ne sont pas habitués à notre style. Alors, certains se barraient, mais d’autres restaient et venaient parler. Il y avait vraiment un contact humain chouette.
Vivian : C’était la première fois que nous jouions douze dates d’affilée. Tu apprends beaucoup dans ce genre de trip.
Tu parlais de Cornershop, comment s’est passé le split où vous reprenez une chanson du groupe ?
Sasha : En Angleterre, nous les avons rencontrés, avons sympathisé et même habité chez Tjinder. Un jour, il a téléphoné pour savoir si ça me disait de faire un truc en Français avec le mec des Dutronc. Ça s’est fait comme ça.
Et le disque, pourquoi être allé chez lain Burgess?
Sasha : Au départ, Rico (ex-manager de Cut The Navel String) nous a parlé d’un endroit dans la campagne près d’Angers. Ça nous semblait bien de venir passer quelques jours à la campagne. Mais nous ne connaissions pas du tout Iain. Nous nous sommes très bien entendu. Il est ouvert, rapide, efficace, vraiment bien. En fait, nous sommes venus mixer « Yolk » chez lui en mai, les bandes avaient été enregistrées en janvier avec Klaus (premier batteur aujourd’hui décédé, ndr) Puis, nous sommes revenus avec Marcel enregistrer cinq morceaux qui devraient sortir en avril.
Tu as parlé de rapidité. Avez-vous vraiment enregistré l’album en deux jours ?
Sasha : Oui, c’était rapide. D’abord parce que nous ne pouvions pas payer plus de jours de studio. Aussi parce que les morceaux étaient prêts. Nous n’avons pas traîné.

Le résultat vous satisfait ?
Sasha : Plutôt oui. Le seul truc c’est que le disque est sorti longtemps après l’enregistrement. Pour nous, ça sonnait un peu vieux, mais on l’aime bien.
Vivan : Par la force des choses, « Yolk » est devenu un témoignage sur la première période d’Heliogabale. Il comprend d’ailleurs des morceaux que nous ne jouerons plus du tout.
Parlons de la pochette. Que doit-on y voir ?
Sasha : Il y a une très belle phrase qui dit « II ne faut pas comprendre, il faut perdre connaissance ». Il y a dix mille interprétations différentes. Moi, j’ai choisi la pochette par rapport à Bataille et « l’histoire de l’oeil ». Mais chacun peut la percevoir d’une façon différente. C’est un truc simple et cru. Il y a bien des raisons dans ma tête, les gens n’ont pas besoin de savoir lesquelles. Nous avons justement opté pour une image qui est en dehors de tout sens.
Vivian : Chacun doit se faire sa propre idée de la signification de la pochette.
Au risque d’avoir une perception différente voire opposée à la votre ?
Sasha : Tant mieux si les gens ont cette liberté. Nous n’imposons pas un sens à des images ou à des sons. Les gens font ce qu’ils veulent de ce qu’ils voient et entendent. S’ils ont envie de délirer sur un truc, qu’ils le fassent. C’est leur monde, plus le nôtre. Quand c’est donné, c’est donné.
Vivian : Et puis, ils ne vont pas pouvoir inventer des choses en contradiction avec ce que l’on voit. Nous ne risquons pas de trouver des choses qui nous choquent.
Et votre musique, n’est-elle pas un peu malsaine ?
Vivian : Elle est urbaine, mais pas malsaine. Peut-être les premières démos l’étaient-elles mais nous nous en sommes éloignés.
Marcel : On peut ressentir quelque chose de noir à notre écoute mais nous ne sommes pas malsains.
Vivian : Ils sont différents de ceux de l’album et assez diversifiés.
Marcel : Oui, plus accrocheurs.
Votre musique est-elle un fidèle reflet de votre état d’esprit ?
Vivian : C’est le reflet d’une partie de ce que nous sommes.
Sasha : Quand tu composes, tu ne te poses pas la question, tu ne te demandes pas comment ce sera entendu, les morceaux viennent comme ça.
On n’est pas une mais quatre personnes,
alors, forcément, c’est le reflet d une sensibilité.
Vivian : Quand on crée de la musique ou une pochette, ça se fait très naturellement. Nous ne réfléchissons pas à la perception des gens nous ne nous prenons pas la tête. Philippe a une idée Marcel et moi trouvons des trucs dessus, Sasha rajoute une voix et voilà. C’est naturel. Comme sur scène.
Finissons-en avec une phrase de Sasha qui a dit ne pas être une adepte du No future mals du Do it Yourself. Un petit mot là-dessus.
Sasha : « Do lt Yourself « , c’est vraiment comme ça que cela se passe pour nous, nous faisons tout du début a la fin. C’est vachement motivant. Tu as l’impression de prendre du plaisir et de travailler. Tous les groupes de petits labels sont comme ça. Dans la vie, c’est pareil Rien ne nous arrive cuit. Mais les gens commencent à nous connaître un peu et cela nous fait plaisir parce que ce que nous faisons n’est pas évident. Qu’une personne vienne nous voir après un concert a beaucoup d’importance à nos yeux. Si nous étions pris en charge par des gens, ce serait différent, nous serions plus loin des choses et nous laisserions faire. Nous, c est tout sauf ça. Nous sommes responsables et proches de ce qui se passe. Il faudra arrêter le jour où nous ne le serons plus, le rapport aux autres est ce qui nous nourrit, c’est pour ça que nous avons envie de jouer. Ce que nous faisons, nous le faisons aussi avec les autres.
D’accord pour « Do It Yourself  » mais « No future » ?
Sasha: le jour où ça devient vrai, tu n’es plus là pour le dire puisque c’est le moment où tu passes de l’autre côté. Moi, j’aimais bien les punks. Ils ont été les premiers à le dire. Mais, quinze ans plus tard, on ne doit plus le dire de la même façon. Pas plus que nous n’allons refaire la même chose et ressortir les sons de la même façon.

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