Heliogabale's Yolk Cover

Interview Mix (1995)
C’est avec son premier album, « Yolk », qu’HELIOGABALE marque de son imprimatur l’ensemble de la scène noisy et torturée du rock de France. Ils sont quatre, farouches défenseurs de l’harmonie bruitiste, à nous inviter à la découverte de leur propre mythologie. Discution entre Sasha (chant) et Alexandre Simonet (magnéto/stylo )

Je voudrais connaître l’histoire du groupe, de vos débuts, et également savoir ce que Iain Burgess a apporté à votre musique et à votre dernier album ?

Ça a commencé il y a trois ans on s’est rencontré deux par deux en fait. Chacun jouait dans un autre groupe différent avant d’arrêter. Notre dernier album  » Yolk  » a été enregistré dans un petit studio en banlieue et on l’a mixé chez lain Burgess fin mai. Je ne sais pas si cela nous a vraiment apporté quelque chose si ce n’est beaucoup de liberté dans nos choix artistiques. On avait envie d’être à la campagne pendant quelques jours nous venions de perdre notre batteur. On s’est dit que ça allait nous faire du bien il y avait une bonne ambiance… un bon lieu.

Comment s’est passé votre séjour en Angleterre et est-ce que là-bas aussi la tendance est au hard-core ?

C’était bien, on a été bien reçu ça a intéressé les gens, ça céest vraiment bien passé! Je crois qu’ils écoutent assez peu ce style de musique ils disent justement que ça les étonne non pas que ce soit du fait du style de musique mais ils étaient plus vraiment complètement dans ce son là.

Et vos concerts en Italie ?

C’est Rico le manager de CUT THE NAVEL STRING qui nous a trouvé les dates. C’était très intéressant on ne fait pas du tout le style de musique qu’ils écoutent. Ils écoutent des trucs soit très hard soit reggae, en tous cas c’était la musique qu’ils écoutaient avant que l’on joue. y a eu de très bons échanges il y a même eu des gens qui nous ont suivis sur trois-quatre concerts. Là-bas on fait plutôt des concerts devant des gens qui sont assis alors quand il yen a quelques uns qui se lèvent for-cément il leur faut beaucoup de courage les gens viennent toujours nous parler et il y a un rapport vraiment humain.

Le graphisme du CD est intimement lié à la musique que vous faites, que veux-tu exprimer à travers ta peinture ?

Ecoute en fait moi je travaille dans ma tête, sur le sacré et l’obscène et j’aime bien ce rapport. Sinon je ne cherche pas à exprimer quelque chose, je fais des choses. ..les peintures n’ont pas été réalisées en premier lieu pour l’album c’est ensuite qu’on s’est aperçu qu’elles pouvaient illustrer notre musique.

Comment envisagez-vous l’écriture d’un morceau ?

De façon bordélique au début on avait l’habitude d’écrire les textes en dehors des répétitions, maintenant plus du tout, au fur et à mesure que les morceaux arri-vent on met les textes dessus on fait attention aux rythmes des mots.

Peux-tu me décrire un concert d’HELIOGABALE ?

« En tous les cas le sentiment qu’à la personne en étant là je ne peux évidemment pas te le décrire car je ne nous vois pas. Par contre quand le concert se passe, c’est difficile de décrire ça de façon logique, parce que depuis qu’on joue on est tous d’accord quand on en parle après, qu’en fait on est vraiment dans une espèce d’état second » donc c’est une espèce d’organe structuré où on entend vraiment tout un mélange de mélodies qui nous porte et ce n’est pas de la concentration, c’est presque I’inverse comme une explosion qui fait que forcément tu es complètement ouvert à tout ce qui peut se passer ; c’est difficile à décrire… Un état de contagion règne entre nous et j’espère qu’il agit sur les autres. On n’a pas vraiment de logique, c’est quelque chose de I’ordre de I’énergie et d »un mélange de tons.

Quelle a été la réaction des gens à l’écoute de votre disque ?

On a été surpris dans le bon sens, en fait les gens qui l’écoutent arrivent vraiment à rentrer dedans.

Quelles histoires racontez-vous ?

Ce qui est bien, c’est que je ressens comme une magie. Il y a des histoires très différentes car chacun d’entre nous écoute des musiques différentes chacun lit des choses aussi très différentes et quand les morceaux se forment moi aussi j’ai des images comme ça qui défilent à travers les mots et après les histoires découlent de ça toutes les histoires sont très différentes c’est vraiment des ambiances… c’est très difficile il faudrait que je te parle de tout mes morceaux. Par exemple dans les délires qu’on a on parle de la structure du corps ou de structure osseuse qui définissent pas mal de choses

Que tu peux ou que tu ne peux pas être par rapport à la décadence que tu veux infliger à ton corps ?

J’avais un peu peur que les gens nous fassent trop de reproches, et nous ne voulions pas faire une musique trop fermée ou « ghetto » car pour nous il y a vraiment une voie d’accès qui nous semble naturelle et dans laquelle tu rentres.

Quelle sera la musique d’HELIOGABALE dans l’avenir ?

Je ne sais pas. Déjà la première chose qui est difficile c’est que trois quatre ou cinq personnes restent ensemble et ça ce n’est pas joué d’avance. Sinon on fait un travail sur la musique et j’espère qu’elle évoluera vraiment tu peux toujours t’ouvrir plus et être de plus en plus dans les choses violentes drôles mais épurée je pense que l’on peut vraiment avancer là-dedans. Par contre le fait d’être en France n’est pas évident parceque déjà on ne vit pas de la musique je ne sais pas si un jour on pourra en vivre c’est dommage on aurait envie, vraiment d’y consacrer beaucoup plus de temps.

Que pensez-vous du phénomène dance/techno ?

Il y a deux possibilités tu as les groupes qui dans le fond aiment la techno, la dance et s’ils le font c’est parce que ça leur ressemble alors pourquoi pas? Et il y a ceux qui le font parce que ça va forcément marcher, dans ce cas là pour moi, c’est tout sauf la raison pour laquelle tu fais de la musique. Parce que si tu com-mences à t’inquiéter de comment ça va être perçu et combien tu vas vendre… je trouve cela assez gerbant. Mais il y a vraiment les deux possibilités, il y a aussi les personnes qui le font parce qu’elles n’ont pas un genre précis et qui se retrouvent face à elles-mêmes et final-ment découvrent qu’elles aiment la techno dans ce cas–là pourquoi pas ! C’est comme dans tous les milieux la musique n’échappe pas vraiment à ce phénomène il y a ceux qui la font et ceux qui la vendent.

Quels sont vos projets, vos souhaits pour l’avenir ?

On enregistre un cinq titres à la fin de cette année on le fait avec notre nouveau batteur donc la rythmique est quand même un peu différente, je trouve nos chansons beaucoup moins compactes en tous les cas moi j’aime bien les choses un peu plus aérées. On est pas un groupe noir. Y’a du noir du blanc et du rouge. On envi-sage le futur en tous les cas on est pas « no future » on est plutôt:  » do it yourself! « . On se sent prêt à explorer le futur et on I’envisage que dans la démerde. On fait les choses par envie. Tout est lié à la magie du désir : I’envie de jouer, de tout faire à fond, rien que pour l’instant. Tout ce que nous pouvons donner nous le partageons. Je suis plutôt confiante même au milieu de la merde!

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